L'argent qui manque manque-t-il vraiment?

  • Le 10/05/2020
  • Dans A chaud
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        Mais où donc sont passés les milliards ? Je croyais pourtant les avoir mis dans la caisse de l'Etat...

  LA dette. Ronflante et aggravée d'année en année, la « dette » est l'argument fatal contre toute dépense sociale et en faveur de toute politique d'austérité.

  Un peu plus de 100 milliards d'euros, c'est le déficit public annuel désormais habituel. Il est clair que n'importe quelle entreprise classique (hors multinationales), un tel résultat verrait son dirigeant suspendu à la porte d'entrée de la boîte, avec goudron et plumes !

  Pourtant, tout va bien, nous avons du patrimoine en réserve pour équilibrer le bilan.

  Mais un patrimoine qui, hélas, fond lui aussi comme neige au soleil. Autoroutes, gaz, électricité « verte », banques, industries, aéroports (…), ça y va allegro et crescendo depuis les années 80.

  Cette année, c'est la Française des Jeux (c'est fait), trop rentable sans doute, et les aéroports de Paris (en cours) qui sont liquidés. Et Brigitte « Jupiter » veut vendre une partie du mobilier d'Etat, trop vieillot à son goût, pour aider l'hôpital public !!! Bien entendu, elle le remplacera illico par les créations design de ses copains. A quel prix ?

  Pendant ce temps, les salaires et l'épargne classique stagnent (ou augmentent moins vite que l'inflation) tandis que les prix grimpent partout, et plutôt fort dans l'immobilier, locations comprises.

  Enfin, les salaires peut-être, mais pas tous les revenus : les 10 premières fortunes françaises, vitrines de la France des sommets (genre Avoriaz, pas les sommets pour le climat), semblent, elles, garder une distance confortable avec la hausse des prix.

  Grâce au magazine Challenges, où nos amis décomplexés fanfaronnent, j'ai pu établir ce petit tableau de l'évolution du patrimoine de ces français qui se lèvent tôt et vous expliquent la vie dans les médias (la plupart leur appartenant, ce sont des littératures à mi-chemin entre journal intime et page Facebook, nda).

Les chiffres sont en milliards d'euros, bien sûr.

2007

2012

2017

2019

Famille Arnault

24

23

47

88

Famille Wertheimer

4

6

21

50

Famille Bettencourt-Meyers

16

15

36

46

Famille Hermès

8

17

32

43

Famille Mulliez

17

18

30

32

Famille Pinault

10

7

19

29

Famille Dassault

7

10

21

23

Famille Castel

3

6

11

14

Famille Besnier

3

5

8

12

Patrick Drahi

NC

1

15

9

TOTAL

92

108

250

346

Hausse en %

17,40%

131,48%

38,40%

Hausse totale en %

276,00%

  J'ai volontairement choisi les dates de début et fin des quinquennats associé(e)s à ces belles performances.

  On voit que sous Sarkozy (2007-2012, R.I.P.), ces familles unies ont bien résisté à la méga-crise de 2008 avec un patrimoine en hausse de 17,4%.                                                                                                                                                                                                             Quand au président, sa courtisane et ses copains, ils ont passé du bon temps, merci.                                                                                       Tout le monde ne peut pas en dire autant...

  Avec Hollande (2012-2017, R.I.P.), le pourfendeur de la finance, nos champions ne pouvaient espérer meilleur ennemi : + 131,48% !!! Une performance qui se fête, on en redemande !

  Avec Macron, ni gauche ni droite, mais plutôt « allez les riches ! », c'est à nouveau un choix gagnant et personne ne regrette le financement de sa campagne : + 38,4% en deux ans, le quinquennat a bien débuté. Bien sûr, la crise financière majeure qui se déroule en ce moment même risque de freiner ces résultats encourageants. Mais gageons que l'argent public viendra bien vite « au secours de TOUTES les entreprises, quelle qu'en soit la taille », et « coûte que coûte », comme nous en a assuré notre chef de l 'état pitoyable des choses. Pas question qu'ils participent de leurs économies, acquises patiemment et à la sueur de leur talent.

Macron couvertures

  Résumons, 346 milliards en 12 ans dans la poche des 10 premiers (on ne parle donc ici que d'une partie du « club »), cela fait quasi 29 milliards par an, soit un tiers de notre fameux déficit. Avec les 500 premiers, on ne devrait pas arriver loin de notre fameux « manque à gagner » (pour des calculs plus précis, merci de me verser un salaire !).

      CI-DESSUS : Macron, élu par le petit peuple des médias : « Je ne vous oublierai jamais, mes amis ! »

  Evasion fiscale, niches fiscales, optimisation fiscale, crédits d'impôts, suppression de l'ISF, la liste est longue des mesures sociales, votées ou occultes, qui protègent ces nécessiteux de l'austérité et leurs petites boîtes d'une croissance en berne.

  Et l'évasion fiscale ne concerne pas que nos amis français du Top 50 : leurs homologues étrangers businessant en France participent pour large part: au total 100 milliards d'euros par an, l'équivalent de notre incompréhensible déficit...De quoi mieux comprendre que la campagne de Macron soit passée par la City de Londres et les Etats-Unis. De généreux donateurs y séjournent qui peuvent en additionnant les 7500 € de plafond de dons aux partis en 2016 et 2017, plus les 4600€ de dons de campagne, représenter 200 donateurs (déjà plutôt rares) moyens. En y associant Madame et le fiston, on peut grimper à 600 ! Pour les français d'entre eux, remboursés à 66% en déduction d'impôts, c'est l'occasion de vous faire payer à leur place l'essentiel du financement de leur candidat. Amusant, non?

  Mais ce n'est pas tout, puisque les délocalisations sont financées par le chômage, la revente à prix cadeau du patrimoine national sur les revenus de l'état et le sauvetage du CAC 40 par les caisses publiques. A quoi on peut ajouter le service de l'état pour jouer les VRP à l'étranger, et des offres de marché public toujours juteuses, indispensables et calculées « au plus juste »...

  Autre effet, en concentrant ses efforts sur ces industries françaises, les secteurs qui mériteraient d'être développés restent abandonnés : Uber, Amazon, Google, Youtube, Coca-Cola, Mc Donald's et consorts peuvent venir nous faire les poches tranquilles, on n'investira pas un kopeck pour avoir nos propres entreprises sur ces secteurs. Et comme ce sont des champions de l'évasion fiscale, c'est tout bénef pour nous ! On nous dira peut-être que les français sont infoutus de fabriquer des boissons ou des sandwiches dignes de ce nom, de réaliser une application pour commander un taxi ou encore une plate-forme de vidéo. Je demande à voir même si le récent fiasco de Qwant, le moteur de recherche bidon qui a capté beaucoup d'argent public, montre qu'ici on est meilleur en arnaque qu'en compétence, le vrai succès étant d'avoir dévalisé une nouvelle fois les français avec l'incompétence ou l'aide (à vous d'en juger) d'E. Macron. 

Mais ici, dans cet autre pays du fromage, on préfère les start-ups (démarre à fond en français (!), tout un programme...) qui planchent sur les jeux vidéos, les applis futiles, les frigos connectés ou la surveillance de masse. Et continuer le béton, les avions, les armes, le nucléaire, l'automobile, l'industrie pharmaceutique, la viande, le lait et les céréales,les plantes brevetées, le luxe (...) tout ce bon savoir-faire français qui détruit la santé, la planète et les pays pauvres en particulier.

  Pendant ce temps les gamins boivent et mangent du sucre, s'enfilent des burgers et des frites, font des chaînes Youtube et découvrent la sexualité en douceur sur Youporn, dégomment des zombies,  des talibans ou des civils à grands coups de manette.

  Heureusement, l'état soutient également la production d'alcool et le trafic de drogue, car les riches consomment beaucoup et la vente d'anti-dépresseurs, dont nous sommes les premiers consommateurs au monde – cocorico ! - ne suffit plus à endiguer l'ennui du chômage, de la culture et du divertissement marchandisés, le dégoût d'une société injuste et sans rêve, si ce n'est celui de devenir riche, si possible sans effort, à l'image de ces héros de la Nation qui accumulent les milliards et se permettent toutes les fantaisies, légales ou de préférence pas - c'est plus chic et excitant - en toute impunité.

  On le voit, les effets collatéraux de cette guerre des classes forment une liste sans fin, qui m'oblige à faire des phrases comportant jusqu'à 610 caractères sans parvenir à être exhaustif. Ce qui prouve bien que la lutte des classes, c'est vraiment fatigant pour les pauvres...

  Alors, réglerons- nous tous nos problèmes en nous attaquant à cette caste ?

  Hériterons-nous d'un monde merveilleux ?

  Il est probable que non, mais au moins aurons-nous établi une meilleure justice et une gestion plus saine.

  Au moins aurons-nous redirigé le profit individuel vers l'intérêt général, la santé, l'éducation et la culture.

  Au moins aurons-nous repris le contrôle de notre destin par la démocratie et la souveraineté, et pourrons-nous opter pour des productions plus utiles, plus efficaces et plus propres.

  Car il est certain qu'abolir le profit – en rémunérant les apporteurs de capital de façon modérée – c'est s'offrir l'occasion de sortir des rails, de, comme ils disent , « libérer la créativité » vers d'autres secteurs. C'est aussi pouvoir transférer cette valeur vers, au choix, la baisse des prix, le temps libre ou le financement du service public.

  Surtout, retrouverons-nous certainement la fierté d'être français, du sens à aller travailler, voter...

  Et à la vie en général.

  Démocrate, le 09/05/2020.

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