Covid 19, krach boursier: imprévisibles? (2)

  • Le 02/04/2020
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On ne saurait énumérer la liste des économistes qui ont alerté depuis des années sur la situation des banques et du marché financier sans passer de l'écriture d'un billet à celui d'un bottin...

Bien sûr, il s'agit d'économistes hétérodoxes, des hérétiques en somme, auxquels on préfère les experts rassurants des plateaux télé. Mais pas que.. Et ces oiseaux de mauvaises augure mettent mal à l'aise les tenants d'un système qui préfère le déni jusqu'à la catastrophe, plutôt que d'admettre qu'il vaudrait mieux cesser une fête qui s'éternise pour éviter une gueule de bois carabinée le lendemain.

La contradiction aussi émerge, parfois par déontologie journalistique, plus souvent au gré des modes, et plus généralement parce qu'une dose de doute dans un monde de certitudes apporte un peu de piquant à la fadeur du plat principal.

Morceaux picorés au hasard dans un même journal économique, Trends tendances :

Jasper Vekeman – décembre 2017-

Dix ans après la crise financière qu'il avait prédite, l'économiste William White observe les marchés financiers avec une inquiétude croissante. "Il y a moyen de persuader les gens que cela ne pourra pas durer éternellement. Mais vous ne les convaincrez pas que cela a d'ores et déjà suffisamment duré."

"Si vous les alignez tous, vous avez bel et bien des soucis à vous faire", avertit William 'Bill' White qui a publié une note dans laquelle il répertorie les faits marquants.

Sur sa petite liste: une peinture vendue à 450 millions de dollars, bien qu'on ne soit pas absolument certain qu'il s'agit d'un Léonard De Vinci; une monnaie numérique, potentiellement sans valeur, qui a augmenté de 900%; quatre sociétés technologiques qui ont vu leur valeur boursière augmenter de 1.000 milliards de dollars; et les bourses qui, mondialement, valent actuellement 113% de l'économie mondiale totale, un record.

Ces aberrations sont clairement source d'inquiétude pour le Canadien. Et si White se fait des soucis, mieux vaut ne pas l'ignorer. Par ailleurs, le Belge Peter Praet est également arrivé à cette conclusion. Pour rappel, il s'agit de l'économiste en chef de la Banque Centrale européenne.

White était pour sa part l'économiste en chef de la BRI (Banque des règlements internationaux), l'organe de surveillance des banques centrales, lorsque, longtemps avant la crise (de 2008,ndr), il avait averti du danger de la faiblesse du taux d'intérêt et des excès financiers.

Amid Faljaoui - septembre 2015-

« Il y a des personnes qui visiblement ne veulent pas que nous ayons une rentrée presque normale. Et comme en plus ce sont des intellectuels, ils ont un large accès aux médias puisqu'ils annoncent des horreurs... »

« C'est dommage de voir des économistes ou des financiers profiter de l'inquiétude ambiante pour se transformer en Paco Rabanne de l'économie. »

 

La crise financière de 2008 n'aura en définitive servi à rien en termes de leçon, d'avertissement. La folie du crédit et de la spéculation a repris de plus belle, après les belles promesses de « plus jamais ça ».

 

Finalement, les mêmes processus psychologiques sont à l'oeuvre ici que dans la triste aventure « Covid 19 », qui poussent la mauvaise fois jusqu'à son terme. Il ya encore quelques semaines, pour les dirigeants français et anglais, ce n'était qu' « une grippe », pour Trump un « canular »...

C'est cette logique qui prévaut en tous domaines et nous indique les futurs probables de sa poursuite: l'explosion des inégalités mutant en guerres civiles, l'exploitation des ressources en terre désolée, privée de vie, d'abord animale, humaine ensuite.

Le capitalisme et ses représentants politiques ont usé et abusé de sciences sociales et psychologiques pour imposer leur idéologie, leurs candidats, leurs produits. Publicité et propagande ont les mêmes ressorts : s'adresser à l'être humain en tant qu'animal, dirigé par ses peurs et ses désirs, ses instincts.

La peur d'être déclassé, exclu et et le désir de « réussir » sont les moteurs de la société libérale basée sur la compétition individuelle. Ils divisent les travailleurs et la société et maintiennent leur obéissance au grand patronnat. Ils encouragent à se distinguer des autres par la consommation et les signes extérieurs de richesse, matériels et culturels.

La peur de manquer et le désir d'un confort excessif mais rassurant. Ils entretiennent la folie du shopping, celle de manger trop, de consommer jusqu'à l'inutile.

La peur du flic et le désir d'être au-dessus des lois... Ils entretiennent la soumission et placent l'impunité en modèle, en accomplissement de la liberté.

Penser les mouvements sociaux nécessite de mettre ces mécanismes au cœur de nos analyses et de nos stratégies. Qu'on nous prenne pour du bétail ne doit plus nous offusquer, mais nous éclairer sur notre propre nature !

Si l'on interroge sur un acte d'achat l'acheteur et le publiciste, lequel des deux pensez-vous pouvoir fournir les meilleures explications ?...

Le premier se justifiera avec de beaux discours, issus de pensées toutes faites ou improvisés à la hâte. Le second vous parlera des étapes psychologiques par lesquelles il a fléché la route qui mène du hameçonnage à l'acte final.

L'humilité, l'étude des faits bruts et l'introspection doivent nous libérer des pièges que l'on nous tend et de ceux que l'on se tend à soi. Et la littérature du marketing sera peut-être tout aussi utile à la compréhension de nos chaînes et des conditions pour s'en libérer que les idéologies politiques ou économiques.

Finalement, des chimpanzés conscients d'eux-mêmes et résolus à vivre en paix ne seraient-ils pas plus sympathiques que des primates costumés engagés dans un concours à qui sera, en apparence, le plus malin ?

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