Comment servir les gilets jaunes ? (partie 1)

  • Le 23/03/2020
  • Dans A chaud
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 La révolte des "gueux".

Il faut commencer par saluer la tenacité et l'engagement des gilets jaunes. Une oeuvre qui compte déjà 70 actes, et qui est loin de sa conclusion.

  Dans un style spontané et créatif, ils et elles manifestent leur ras-le-bol. Celui du chômage, des emplois précaires, de la flexibilité, des délocalisations, des salaires qui stagnent, des épargnes qui fondent, tandis qu'inflation et dividendes s'épanouissent.

Celui de la culpabilisation vis à vis de l'environnement tandis que le capitalisme ne se refuse aucun saccage." Ferme ton robinet quand tu te laves les dents et fais du covoiturage" disent-ils. Les français s'éxécutent mais constatent qu'au même moment, on rase les fôrêts, on massacre les sols et on souille gaiement les nappes phréatiques...

On leur demande de recycler, c'est-à-dire d'apporter eux-mêmes et gratuitement des matières premières à des industriels. Le temps de la consigne est révolu, celui de l'arnaque l'a remplacé...

On leur demande l'austérité après chaque crevaison de bulles, immobilières, internet, bancaires, actifs pourris ou surévalués.

Les complices, au gouvernement, finissent la tonte: pour rembourser les dettes contractées grâce au renflouement de ces messieurs-dames les actionnaires spéculateurs, et celles consenties à leur optimisation/évasion fiscale, l'Etat doit bien entendu tailler dans les dépenses publiques et céder quelques entreprises, de préférence rentables - les déficitaires bizarrement n'intéressent personne - à des amis proches, de généreux donateurs en période de campagne par exemple.

Justice à deux vitesses, privilèges, corruption et promesses vides...La liste est longue et c'est l'écoeurement qui domine. Mais ce qui a changé, c'est que ça ne passe plus.

Déterminés à ne rien lâcher, les gilets jaunes se retrouvent face à face avec ceux qui ne sont pas prêts de céder non plus, sûrs de leur puissance, bien réelle, et habitués aux victoires faciles.

Les politiques, tous pourris ?

Sur la chaîne youtube de QG - que je recommande au passage - l'interview de Stéphane "Stef" Espic , un des membres trés actifs du mouvement. On y découvre l'envie du même programme. Il sera bien sûr le bienvenu ici. L'essentiel sera de garder à l'esprit que l'entreprise est périlleuse, qu'elle nécessite prudence et stratégie. Nous n'avons pas à faire à des enfants de choeur. Et au-delà des formidables espoirs d'une stratégie de masse pacifique, qui naissent en ces jours de maintenant ou jamais, la possibilité d'un affrontement brutal, si elle n'est pas souhaitée, n'est pas à exclure.

  Nombreux sont ses points de vue que nous ne pouvons que partager - lutte anti-corruption, justice indépendante de l'éxécutif, politique européenne inapte et inepte, le nécessaire recadrage des institutions dans la légalité ... -  d'autres sont l'occasion de commencer le débat. Premièrement, comment pourrions-nous voter une sortie une sortie de l'Europe sans avoir préalablement ausculté les scénarios alternatifs, et les implications de chacun ? Quitte à se montrer circonspects sur une 6ème République, pourquoi saisir la massue lorsqu'on parle de l'Europe ? Des débats sérieux, nourris de travaux pointus doivent être notre lanterne. Le moindre faux pas peut signifier des difficultés durables, voire des catastrophes par imprévision.

  Quant au rejet pur et simple de la classe politique, voilà bien un dogme, une posture, qu'il s'agit de démystifier. Le "tous pourris" serait trop simple; la pourriture, personne ni aucun groupe n'en a malheureusement l'exclusivité. Affirmer qu'ils sortent tous "du même moule, des mêmes écoles" est une contre-vérité: quoi de commun entre la dynastie familiale LePen, les élèves des syndycats, les militants qui ont gravi les échelons de leurs partis et les énarques? La politique est un métier, où les spectateurs - comme il est vrai les protagonistes - confondent trop souvent carrière et carrièrisme. A-t-on déjà vu un mécanicien se lancer dans la médecine du jour au lendemain? François Ruffin nous a montré l'entrée la plus récente d'un civil en la politique. Mais ce fut le sujet d'étude de cet auteur et journaliste activiste depuis déjà bien longtemps...

  Nous ne sommes pas encore aux USA, où un milliardaire peut devenir président, comme avant lui un acteur (Reagan), ou Schwarzenneger un gouverneur!     (à suivre...)

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