A chaud

A chaud triture l'actualité pour essayer d'en identifier les composantes et d'en distinguer les prometteuses des nuisibles.

  • Retraites : petits calculs et grandes inégalités.

      ALORS que l'on nous parle de la réforme des « retraites » avec pour argument l'« espérance de vie », comme si ces phénomènes étaient des données homogènes, il serait temps de regarder la réalité, et donc les chiffres, de plus près.

      Nicole DARMON, de la faculté de Médecine de la Timone, à Marseille, nous rappelle quelques évidences sous forme statistique : « Quel que soit l’indicateur de santé, des différences d’un coefficient 2 à 3 sont observées entre les deux extrêmes de l’échelle sociale. Ainsi, le risque de mourir avant 65 ans est 2,75 fois plus élevé pour un homme appartenant à la catégorie socioprofessionnelle “ouvrier” que pour un “cadre”, et 6,5 fois plus élevé pour un homme “sans emploi”. D’importantes inégalités sociales de santé sont ainsi observées pour les principales causes de décès et pour toutes les maladies chroniques...Quand une inégalité sociale est observée pour un facteur donné, elle est également observée pour tous les facteurs et pathologies associées. En France, il existe ainsi un différentiel socioéconomique pour le diabète de type 2 comme pour l’obésité.  » (1)

      Dans les DROM (nouvelle appellation des DOM) « le constat en termes de santé publique est alarmant. La prévalence (nombre de cas d’une maladie dans une population) des maladies chroniques liées à l’alimentation est beaucoup plus forte que la moyenne nationale et touche des territoires où les structures de soins sont déficitaires. L’hypertension artérielle concerne de 39 % à 45 % des habitants de Guadeloupe, Martinique, Mayotte et La Réunion, quand elle affecte 31 % de l’ensemble de la population française. La prévalence du diabète atteint 10 % en Martinique, 11 % en Guadeloupe et 14 % à La Réunion, contre une moyenne nationale de 5 %. » (2)

    En cause la pénibilité des travaux, le cadre de vie, l'alimentation, et des dépendances au tabac et à l'alcool favorisées par l'anxiété (précarité, conditions de travail fatigantes et/ou sans satisfaction, absence de perspectives, environnement désagréable), l'ennui (accès à la vie culturelle, aux loisirs et à l'évasion limités) mais aussi par héritage social. La chercheuse précise que « l’alimentation, la consommation de tabac et d’alcool ou d’autres caractéristiques des modes de vie individuels sont fortement liés au statut socioéconomique dans l’enfance. Ces “comportements” résulteraient donc moins de l’expression d’un libre choix que de l’impact de facteurs culturels et structurels en grande partie indépendants de la volonté individuelle. Par conséquent, des expressions telles que “comportements de santé”, “comportements alimentaires” ou “choix alimentaires” devraient être utilisées avec précaution, car elles supposent une responsabilité individuelle et des choix conscients dans l’adoption de comportements défavorables à la santé, alors que ces derniers sont largement déterminés par des facteurs sociaux et environnementaux sur lesquels l’individu n’a pas ou peu prise. »

    On voit donc que, nutrition, maladies,espérance de vie, les inégalités sociales se cumulent, et qu'elles sont, loin des discours moralistes, principalement subies.

     

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