A chaud

A chaud triture l'actualité pour essayer d'en identifier les composantes et d'en distinguer les prometteuses des nuisibles.

  • La France nouvelle.

    Piece un balle

    J'AVAIS perdu le goût d'être français. Celui de voter, de me considérer faisant partie d'une société qui n'en était pas une, composée d'individus consommateurs, de groupes bariolés assemblés au gré de leurs études, de leurs portefeuilles, de leurs goûts musicaux ou vestimentaires...

    Les débats poisseux sur l'identité me consternaient et les identitaires me faisaient vomir. Sur ce point, je n'ai pas changé : les chrétiens blancs, avec leurs pureté et leur histoire fantasmées, intolérants à tout et à tous, continuent à provoquer en moi la honte et la colère. Ils n'ont ni face, ni mémoire.

    Les noirs et les arabes ? Juste bons à travailler sans droits ni papiers, à faire les domestiques dans leurs demeures après avoir joué les esclaves dans leurs mines, leurs plantations – certains creusent toujours ; on appelle cela marché libre. Justes bons à mourir au combat, sous leur drapeau. Justes bons à balayer leurs rues, faire la plonge dans leurs restos, construire leurs projets immobiliers et leurs routes, remplir leurs usines, habiter leurs cités sans âmes, leurs taudis et leurs Algeco. Juste bons à remplir les prisons, tâter la matraque ou le flingue de flics maboules. Un étranger doit rester discret et jetable : après avoir fini son service, il gène.

    La France chrétienne ? Réalité historique sans conteste, mais une histoire ripolinée, vidée de ses crimes, de ses conquêtes sanglantes : empires, colonies, guerres de religions. Protestants, templiers et cathares : brûlés ou égorgés. Indigènes : exterminés, esclavagisés, exploités, acculturés.

    Ces français modèles, patriotes et nationalistes, vont se recueillir devant la statue de Jeanne d'Arc, qui, pour avoir contribué à sauver son pays, fut fêtée comme il se doit par leurs fiers ancêtres, notables et catholiques : pyrotechnie en place publique.

    Pour toutes ces victimes des suprémacistes blancs, la race élue par l'arrogance et la violence, je propose une nouvelle épitaphe : MORTS PAR LA FRANCE.

    Bien sûr, il me restait, direz-vous, le football pour ressortir le drapeau tricolore. Mais cette excitation soudaine pour la nation, cette liesse patriotique à base de télévision, t-shirts et bière ne servait qu'à faire empirer mon désespoir, mon détachement vis à vis d'un pays abruti par le spectacle et aveugle à la débâcle en cours.

    Aujourd'hui, voilà que je retrouve le pays que j'aime. Je me réconcilie avec un possible destin collectif. Je suis fier de ces gens qui descendent dans la rue manifester leur ras-le-bol des injustices sociales, des discriminations, du saccage des services publics, des ravages environnementaux. Je suis fier de cette jeunesse – et des moins jeunes - qui défendent ce qu'il reste de nature face à des projets débiles, voués au seul profit ou au divertissement bourgeois. Je suis fier de ces médecins qui se lèvent contre l'Etat et le lobby pharmaceutique, devenus consanguins. Je suis fier des associations qui réussissent à faire échouer l'application de lois liberticides. Je vois enfin dans tous ses visages, celui de mes sœurs et frères.

    Ils réveillent mon cœur, mes émotions, mon courage et mes espoirs. L'envie de reprendre ce drapeau qu'ils nous ont volé, de le laver de ses souillures pour le remonter au vent. Il y perdra peut-être de ses couleurs, tant il fut sali. Peu importe : blanc, noir et blanc, ou violet, l'important c'est d'affirmer notre unité et nos valeurs pour aujourd'hui et demain.

    Alors, chacun à notre poste, chacun à notre façon avec nos propres armes, résistons au capital, à la bureaucratie et au fascisme et préparons urgemment ce grand projet national : démocratie, justice sociale, justice raciale, justice économique, justice environnementale.

    Démocrate