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  • La tribune du "Monde" qui m'agace

    L'appel du « Monde » ou la démonstration de ce qu'il ne faut pas faire.

    (la tribune complète ici)

    Cet appel, lancé- entre autres - par des analystes compétents dans leurs secteurs et à priori bien intentionnés, m'a sidéré, mis en colère.

    Voici, typiquement ce qu'il ne faut pas faire et que le programme se refusera toujours de proposer : des mesures définitives et arbitraires, sans évaluation d'impact, qu'on dirait écrites à la hâte sur un coin de table .

    Détaillons-en les actions auxquelles nous sommes absolument conviés :

    Phase 1 : quatre actions

    Nous invitons celles et ceux prêts à adopter ce socle fondateur à nous rejoindre. Ces quatre actions − non exhaustives – sont indispensables à la bascule vers un mode de vie à moins de 2 tonnes de CO2 dans les cinq années à venir : repenser sa manière de se déplacer et ne plus prendre l’avion...

    Diminuer progressivement le trafic aérien, notamment dans le cadre du loisir, constitue certainement un levier de la nécessaire dépollution du ciel et d'un imaginaire du loisir et de l'égo : celui qui consiste à trouver plus classe de raconter ses vacances en Turquie ou dans les îles que son séjour en Ardèche ou plus modestement dans la proche banlieue ou encore chez son voisin de pallier, cet inconnu...

    Mais les expatriés devront-ils visiter leur famille à la nage ? Les réunions internationales doivent-elles être rejointes en vélo ? Le voyage initiatique, à tout âge, au moins une fois dans sa vie, doit-il être banni au prétexte que des branleurs passent tous leurs week-ends à festoyer à Marrakech ?

    Qu'en est-il de la compensation économique que nous envisagerions pour des pays pour qui le tourisme représente jusqu'à un tiers des revenus et des emplois ?

    Rappellons au passage que l'avion représente 2,7% environ des rejets de CO2 dûs au transport.

    Et que rien n'est dit au sujet de la part de l'aviation militaire, de l'aviation de loisir, ni de celle qui quadrille le ciel de ses étranges vapeurs les jours de beau temps...

    Notons pour finir que de nombreux signataires de l'appel sont des globe-trotters avertis.

    ...redécouvrir les transports doux et rouler moins de 2 000 kilomètres par an en voiture...

    Je suis certain que, là encore, certaines populations apprécieront la justesse de cette justice pour tous qui considère que l'égalité est naturelle, ce qui est FAUX, et non la capacité à prendre en charge les inégalités par des principes correcteurs.

    Ceux qui vivent en campagne, dans des régions où le transport en commun fait défaut (je passe le bonjour à l'Ariège) sont-ils à la même enseigne que les urbains ? Peut-être les auteurs et signataires pensent-ils que la ville est la norme et que la ruralité doit devenir l'exception ?

    Et quelles sont les propositions pour des travailleurs parcourant de longs trajets quotidiens ? Seule la concertation, entreprise par entreprise avec les salariés, avec les mairies et départements peut déboucher sur des ajustements (télétravail partiel, mutations géographiques, transport d'entreprise, mise à disposition de logements pour passer une ou plusieurs nuits en semaine à proximité du lieu de travail...).

    Encore une fois, nul chiffrage de la part du transport routier, du déplacement des commerciaux, de la flotte militaire ou des réunions institutionnelles, désormais à l'échelle, grâce au regroupement débile des régions, de méga-régions : des centaines de fonctionnaires qui parcourent régulièrement des centaines de kilomètres pour aller regarder un diaporama préparé par la hiérarchie.

    Et que dire du sport automobile, F1 et rallye, ou des sports mécaniques en général ? De ces soit-disant sportifs qui préfèrent le jet-ski au surf, le quad aux ballades en forêts, la découverte du Maroc en 4X4 à la randonnée en montagne ?...

    Monsieur Arthus-Bertrand, signataire, devrait méditer cette intrusion du pétrole dans tous les domaines, l'art y compris, lui qui doit son succès à la photographie aérienne des 5 continents. Il serait sûrement plus inspiré de se consacrer à la peinture à l'huile ou la poésie, de préférence sur carnets et livres en papier recyclé ...

    ...développer la cuisine végétarienne et se nourrir d’aliments biologiques, locaux et de saison, avec de la viande au maximum deux fois par mois...

    Encore une direction souhaitable transformée en injonction au pifomètre... De la viande deux fois par mois ? Pourquoi pas uniquement à Noël ?

    Et puis, diminuer la consommation de viande repose-t-il uniquement sur la volonté des consommateurs ? N'y-a-t-il pas un effort préalable à faire au niveau pédagogique pour les enfants, publicitaire et informatif pour les adultes (médias, services sociaux) par des recettes, des cours de cuisine, des informations sur la nutrition sur des bases scientifiques ?

    Qu'en est-il de la consommation d'œufs, du lait et de ses dérivés (yaourts, beurre, glaces, crêmes fraiches) ou de leur utilisation comme ingrédients ? De la montagne de croquettes destinée à ces autres habitants de la France : les animaux de compagnie ?

    Que propose-t-on aux agriculteurs pour rediriger leurs productions en terme d'accompagnement, d'aides financières et de formation ? Le chômage et un conseiller pôle emploi ? La corde ?

    Pour l'heure les aides de la PAC sont à l'hectare et l'UGB (unité gros bovin!) tandis qu'un maraîcher bio ne touche pas un kopeck !

    Pour finir - en tout cas dans cet article - quelle est la responsabilité des citoyens dans la composition des menus de la restauration collective privée et publique (entreprises, cantines, EHPADs, hôpitaux, prisons...) ?

    ...réinterroger ses véritables besoins pour limiter les achats neufs au strict minimum...

    Il semble ici qu'on ait oublié malencontreusement quelques facteurs de la surconsommation indépendants de la volonté des citoyens: la publicité, l'obsolescence programmée et les aides d'état -comme celle qui préconisent la destruction des anciens véhicules pour les remplacer par du neuf.

    ...Dans notre combat, cohérence personnelle et action collective se renforcent l’une l’autre.

    Après ce passage en revue, nous voyons bien que cet appel néglige copieusement « l'action collective » au profit de la responsabilisation des individus. Bien sûr, des changements d'attitude sont indispensables pour la prochaine « guerre »qui nous attend : celle pour la conservation de la planète et ses ressources, seule condition à notre survie. Mais sans une gouvernance adaptée et sans légiférer sur les pratiques des entreprises, collectivités, des corps d'Etat et d'une caste d'individus qui consomment pour cinquante, cent, mille pour certains, l'écologie ne sera qu'une punition supplémentaire pour une population déjà en souffrance.

    Changer les comportements doit être une entreprise graduelle qui propose des outils, des incitations et un accompagnement. Marquer « FUMER TUE » sur les paquets de cigarettes est une perte de temps et d'argent. On ferait mieux de rembourser la consultation chez les hypnotiseurs et magnétiseurs, qui mis au banc de la médecine, obtiennent des résultats bien plus probants que les taxes punitives et messages anxiogènes qu'offre l'Etat.

    Faire société c'est proposer une direction à la hauteur des moyens de chacun, en considérant les cas particuliers. C'est répartir l'effort sur tous en considérant le cas de chacun.

    En proposant cette écologie de privation non ciblée, les auteurs de ce texte, consciemment ou non, obtiendront l'adhésion des radicaux, qui le sont plus souvent par possibilité sociale et financière que par réel sacrifice – bien que ceux-là existent aussi, on les en remercie – et le rejet populaire. Ils condamnent ainsi un mouvement nécessaire à rester indésirable.

    Finalement, ces mesures irréfléchies, inégalitaires et sans concertation ressemblent à s'y méprendre à celles de nos gouvernants libéraux de LREM, qui réforment la société à coup de 49/3...

    Pour rappel, le mouvement citoyen des Gilets Jaunes a démarré en réaction à la taxe carbone sur les carburants. Précisément, ils souhaitent que soient revitalisés les territoires qui ne sont pas la ville: services publics (poste, école...), commerces, transports (rail, bus). Si on écoute leurs revendications, ils souhaitent finalement...arrêter de se déplacer sans cesse ! Ce texte, je l'espère, vous apprendra pourquoi et comment mobiliser au lieu de se mettre à dos et d'exaspérer davantage. L'écologie se doit de quitter le champ de l'idéologie pour devenir une écologie populaire, et donc capable de mobiliser politiquement.

    Si certains des signataires veulent bien s'interroger sur leur maladresse et revenir ici, justement sur cetteTerre à préserver, parmi leurs concitoyens, nous leur en serions gré. Ecologie et lutte sociale sont indissociables et passent précisément en premier lieu par la conquête du pouvoir.

    Démocrate.