Le Blog

Le Blog brasse et distille. Telle est la quête à tâtons des alchimistes en quête de leur pierre philosophale: tenter de nettoyer leur propre pensée et transmuter un système idiot et destructeur en un nouveau cadre dédié à la vitalité et la beauté !

A chaud triturera l'actualité pour essayer d'en identifier les composantes et de les trier.

Ils ont dit compilera des textes inspirants pour trouver méthodes et matières à apporter au fourneau.

Les chroniques du futur proche proposeront un divertissement prospectif (initié dans le journal FAKIR par Valéry Chartier) destiné à manipuler ce réel prétendument "immuable" comme un vulgaire rubiscube, c'est à dire oser, tenter, renverser, créer dans la joie !

  • Sur la route

     

    SUR LA ROUTE

      Jean-John s'enfila une rasade de comprimés. Il filait sur la route, avachi dans sa bagnole automatique, et, tandis que le poste wi-fi crachait ses nouvelles officielles d'une voix vaguement féminine, pensait. Il se remémora les événements qui s'étaient succédé sans qu'il y prenne garde. C'était également avec la radio, sur cette même route, qu'il s'était aperçu de la véracité des propos du chroniqueur de l'époque. C'était bien vrai que les traces d'insectes, si nombreuses autrefois sur le pare-brise avaient disparu. Le truc étrange, c'était que de leur présence en constellations à cette évidence de leur absence totale, il semblait ne s'être écoulé qu'une seconde : comme on se réveillerait un matin sans plus un poil sur le caillou. Sauf que dans ce cas, pas besoin de la radio pour le constater.

      Il avait entendu parler plus tard sur cette même radio des oiseaux, des poissons et de tout un tas de bestioles inconnues, exotiques. Mais rien de tout ça sur le trajet. Il avait bien écrasé une grenouille il y a quelques années, mais sinon, aucun souvenir d'avoir croisé quoi que ce soit entre temps.

      Aujourd'hui, ce qui avait changé pour de bon c'était les arbres, la verdure en général. C'est ça qui l'avait frappé, replongé dans cette histoire d'insectes et de pare-brise. Tout était comme effacé la veille à la gomme, laissant la lande battue par les vents chauds comme un désert sans fin que l'horizon.

      Aujourd'hui ce qui avait changé pour de bon, c'est qu'il était le dernier employé de la manufacture. Il y avait d'abord eu les baisses progressives d'effectif, avec le boulot en plus et des cadences plus rapides. Et puis l'apparition des postes automatisés et des robots de transport matière remplaçant les ouvriers sur le site.

      C'était arrivé pareil. Un matin, il avait collé son bracelet électronique dans la pointeuse, était rentré dans la salle des machines, pour s'apercevoir qu'il était seul, au milieu de la ferraille mobile et des hauts-parleurs qui enchaînaient les consignes.

      Et c'était ça qu'il pensait maintenant : qu'il allait lui aussi disparaître de la même manière, subitement, sans que personne ni lui-même ne s'en aperçoive.